Extrait de lettre :
Mardi soir. Il est 2 : 55 sur ma montre et 19 : 54 sur mon ordi. Pas excellente journée je dirais. Déjà hier soir je me suis couchée à presque minuit ! C’est incroyable ! Et dire que le lendemain (soit malheureusement aujourd’hui) j’avais un contrôle de maths !! M’enfin, ce contrôle était plutôt facile. On va pas dire que je l’ai super bien réussi vu qu’il y a pas mal de truc où je n’ai pas répondu, mais je VAIS avoir la moyenne. Il le faut de toute façon…
La prof nous a enfin rendu les devoir commun (dit BAC blanc) de Français. Aïe aïe aïe ! J’ai eu un tout petit petit petit petit 7,5/20… Quand je lui annonce ma note, Sarah se mort la lèvre. Bon, déjà que j’ai du mal à la digérer alors si vous ne m’aidez pas ! Je la prends par les épaules et je lui lance, presque hystérique : « C’est bon ! J’ai enfin touché le fond !! Un bon coup de talon sur le carrelage de la piscine et je m’envole dans les tuiles !!! » Garde ton calme Céline, si toi tu craque, je crois que tes amis n’iront pas loin non plus… je suis censée être la personne la plus zen de la bande ! Celle qui remonte le moral. Mais il faut dire que le destin ne me rend pas la tâche facile. 8,5 en latin. J’avais bâclé mon boulot. 9,5 en anglais… presque la moyenne. Ma leçon n’était pas apprise. Et puis mon plus jeune 7 en maths. Morts la langue. Alors là si j’ai pas touché le fond… Apprends tes leçons ! Travaille ! Fais tes exos !
Tiens d’ailleurs, j’ai quoi à faire pour demain ?
Faut dire aussi que pas grand monde m’encourage à bosser un peu. Mes parents s’imaginent que je suis la petite intello modèle de la classe. Les profs que je suis sérieuse. Et puis les autres élèves que je suis une work-bookiste ! Heureusement que Thibaut est là pour me remonter les bretelles, en ami bien sur ^^ ! Il me demande chaque matin si j’ai appris. Me félicite en cas de bonne note, m’encourage en cas de mauvaise. Me rassure lorsque je regarde perplexe ma copie avec un joli zéro bien rond devant ma note. C’est quoi ce zéro ? J’ai jamais connu de zéro, moi. Ou alors il était derrière un 2. Pourquoi on met des zéros devant un 7 ?? Ils ont inversé les chiffres, c’est pas possible. Mais qu’est-ce qu’il m’arrive ? Je vois les signes en inversé !! Mes parents croient que je me ramasse de 17 en maths, comme il y a 2 ans… Alors je leur annonce toute fière de ma réussite mon 12 en histoire, soit une des meilleures notes de la classe. Ils me regardent, se demandant ce qu’il m’arrive. 12… mais c’est pitoyable ! Et puis Sylvain annonce un 13 en anglais, congratulations de la famille… « C’est super Sylvain ! » que je lance et m’imaginant toute seule en haut d’un arbre. Toute seule pour chialer…
Faut que je me prenne en main.
Merci Thibaut ! Je ne sais pas ce que je ferais sans toi… Pour demain on a 3 exos en maths et des exos en chimie… La chimie ça ira pour demain matin, là je fais les maths et la physique pour jeudi.
En latin de 5 à 6. J’ai mal à la main. Ca me prend de plus en plus en ce moment. Il paraît que c’est à force d’écrire, à force de tapoter sur l’ordi. En tout cas c’est pénible. J’ai pas pris de jus d’orange ce soir. Non, il faut que je dorme un peu. Pas de paracétamol non plus, j’ai pas mal à la tête. Je croise les doigts pour que la surface ne soit plus trop loin. La prof m’interroge pour que je traduise la dernière phrase de la version. Je suis dans la lune. Plus que dans la lune d’ailleurs, ça fait un moment que j’ai décroché, un moment que je dormais les yeux ouverts. Trois nuits blanches en deux semaines, une période éprouvante sentimentalement et physiquement aussi, des contrôles, des notes… C’est dur… Et là ma main tremble. Je la laisse tendue devant moi avec une feuille entre les doigts. C’est flagrant. Vivement les vacances ! Un peu d’air s’il vous plait ! J’ai oublié mes bouteilles d’oxyure de souffre pour cracher toutes ces conneries de résultats. On n’est pas en chine, zut !, c’est quoi cette pression infernale ? Enfin bon, la prof m’interroge :
« C’est quel cas ça Céline ?
- euh… ablatif…
- d’accord pour magno futuro, mais pour deci ?
- alors datif.
- Oui c’est ça. C’est quelle fonction alors dans notre phrase ? »
Je ne sais pas quelle fonction c’est madame. Je ne connais plus qu’une fonction, c’est la fonction dérivée, mais il paraît qu’elle existe pas en latin… Je ne sais pas non plus ce que c’est qu’un datif, c’est Manon qui m’a soufflé la bonne réponse. Je ferme les yeux, deux secondes, deux petites secondes. Ca me suffit pour voyager ailleurs et deux secondes, ça ne se voit pas. Un grand soleil. Un saule pleureur. Un étang. L’eau est fraîche, je me sèche étendue sous le ciel, entre les boutons d’or…
« Ça se traduit ‘’pour le futur grand chef’’ et la suite est un accusatif. » Je réponds, la prof me laisse en paix. Je suis en paix. Il est 6h, l’heure de rentrer dans le bus, et de dormir… longtemps…
Il faut que je fasse mes maths. Il faut que j’aille me coucher. Il faut que je lise La promesse de L’Aube de Romain Gary pour vendredi, il faut que je dorme, il faut que je fasse deux articles d’ECJS sur la culture de la Turquie et l’économie, il faut que je dorme, il faut que je finisse la présentation des TPE, il faut que je dorme, il faut que j’apprenne mon anglais, il faut que je dorme !! Et puis ma lettre que je t’écris… Elle est minable. J’écris minablement. Non ça ne va pas, ça ne va pas du tout… Excuse-moi de monopoliser ta lettre pour ça mais sinon je ne vois pas à qui je pourrais dire toute cette misère. Courage, Céline… COURAGE !
La surface de la piscine doit être recouverte d’une couche de glace. Je me noie !
Je rentre chez moi. Sous les éclairages des lampadaires. Ils sont jaunes les lampadaires vers chez moi. Un vieux et miteux jaune. Ca fait comme le flash d’un appareil, on ne voit pas les ombres, ou alors elles sont jaunes elles-aussi. Et puis la pluie. Les gouttes d’eau ne tombent pas vraiment, elles sont suspendues dans l’air et attendent que tu viennes les rencontrer pour tremper tes cheveux. J’ai l’impression de vivre dans une photo en sépia. J’aime pas le sépia. Mais où est la nuit ? Quand les éteignent-ils ces foutus lampadaires ? Il me faut les étoiles ! Je veux voir les étoiles ! Voir la constellation d’Hercule, celle qui se trouve juste en face de ma fenêtre…
Je vais te laisser pour ce soir. Je raconte n’importe quoi. Je dis n’importe quoi, j’écris n’importe quoi… En espérant que mon écriture de demain soit plus joyeuse… le coucher de soleil me manque…






